RLS S01 EPS01

version Française texte : Nikola Brassard-Dion - photo : Gophrette Power

 

Alors que Marius et moi marchions vers la frontière américaine pour nous informer, l’agent du service frontalier sort de sa cabine, main droite posée sur le pistolet, et nous demande : « Can I help you? ». Moi de lui répondre naïvement, « Yes, can you tell us if we’re in the right lane to cross the border with our truck? ». L’agent répond, « Are you out of your mind? You can’t just walk up to the border like that! How am I to expect anything but the worst of you? How do I know that you’re not a terrorist? You do that on the other side [the Canadian border] and they’ll fuck you up! Those guys don’t mess around, they’re fucking crazy »...

Et c’est sur cet accueil légèrement paranoïaque, sinon très méfiant, de l’agent du service frontalier américain, que nous étions enfin aux States. Cinq gars dans un énorme pick-up sur l’autoroute 91, direction sud pour East Burke, au Vermont, prêts pour Rasputitsa. Prêt pour la course. Ouin, j’étais peut-être dans un état d’esprit passablement naïf ce vendredi 15 avril 2016. Mais bon, certains sont paranoïaques, d’autres naïfs. À chacun ses défauts. 

Rasputitsa signifie « saison de boue » en russe. Plus précisément, c’est ce moment au début du printemps où la neige fond et dévoile des routes et des champs recouverts de boue. Ça et des parcs parsemés de petits cadeaux laissés derrière tout l’hiver par nos amis les chiens du coin... Bref, ce terme résume bien l’état du parcours et l’odeur ambiante de la course du Rasputitsa. Après la course, je rejoins Matt Surch de l’équipe Tekné d’Ottawa. Vice-champion pour une deuxième année consécutive, je lui de demande comment ça s’est passé. « I got beat. Ansel Dickey won. He’s a climber and I’m not a climber like he is ». Merci Matt, bel esprit de synthèse. 

En tout cas, de mon point de vue, j’ai l’impression d’avoir traversé une douzaine de lignes d’arrivée durant les quelque 3 heures que ça m’a pris pour compléter le parcours. À chaque nouvelle remontée, où mes jambes endolories par les spasmes musculaires me suppliaient d’arrêter, je la voyais à nouveau la maudite ligne d’arrivée! Elle était là, au sommet de la côte avec son sourire sadique. Même chose pour la descente dans les routes couvertes de boue, où le risque d’une chute plane constamment comme une épée de Damocles. Car, la Rasputitsa c’est avant tout une escroquerie soigneusement dissimulée. On nous fait croire qu’à seulement 65km et 1 300m de déniveler, ce n’est vraiment pas si pire. Erreur! Si les Russes ont inventé un terme pour décrire une partie du printemps jugée particulièrement désagréable, c’est qu’ils ont cru bon de nous avertir des défis qu’impose la boue! Il ne faut surtout pas sous-estimer la boue. Malgré tout, j’ai fini par traverser la ligne d’arrivée. Non seulement ça, je les fais en tenant le point en l’air (main dans la main) d’un de mes grands chums et coordonnateur marketing chez Opus, Martin Rancourt. Bromance niveau 10 000 : CHECK 

Le lendemain, cependant, on s’est fait une vraie partie de plaisir. Question de regagner un peu de joie et d’estime de soi après une bonne dose d’humilité la veille. Les trois Rouleurs (Nicolas, Marius et moi) avons embarqué sur nos nouveaux Opus Allegro pour une sortie de 85km sur les routes de campagne du Vermont. 22°, ensoleillés, la route à nous seuls. Le paradis. On a même attrapé des coups de soleil... En avril! 

Sur le retour, alors que Goph' nous raconte les nombreux scénarios cauchemardesques d’attaques de paysans consanguins et cannibales qu’il s’était imaginé et qui l’avait terrorisé alors que nous traversions des villages isolés du Vermont... nous voilà à nouveau à la frontière canado-américaine. « Salut les gars, vous venez d’où au juste? » nous demande l’agent du service frontalier canadien. Martin de lui répondre, « East Burke, au Vermont. On y est depuis vendredi pour la course de Rasputitsa et on est resté une journée de plus pour faire un peu de vélo ». Après nous avoir posé quelques questions sur la course et le type de vélo que nous avons utilisé pour la compétition, l’agent fini par nous dire, « Bin c’est bon les gars, passez une belle fin de journée et bon retour à la maison ». Voilà, nous venions de franchir une autre épreuve : le redoutable contrôle frontalier avec « Those guys » supposément « Fucking crazy ». Quoiqu’il se puisse qu’en temps normal il ait eu un ton beaucoup plus sévère. Mais en voyant nos tronches rougies par le soleil et expressions avachies par l’ardeur de la compétition, il s’est peut-être laissé emporter par un moment d’empathie. Nous aurons la chance de vérifier l’hypothèse à la prochaine sortie des Rouleurs au Vermont. À suivre...

 Few intervals after a long working day in the Josh's Pain Cave 

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English version text : Nikola Brassard-Dion - photo : Gophrette Power

 

As Marius and I were walking up to the US border to gather information, a custom’s officer came out of his booth, his right hand gently resting on his gun. “Can I help you?” the officer asks. “Yes, can you tell us if we’re in the right lane to cross the border with our truck?” I respond in a tone of equal parts confidence and naivety. The officer answered back sharply, “Are you out of your mind? You can’t just walk up to the border like that! How am I to expect anything but the worst of you? How do I know that you’re not a terrorist? You do that on the other side [the Canadian border] and they’ll fuck you up! Those guys don’t mess around, they’re fucking crazy”…

With this slightly paranoid, if not downright distrustful greeting from the American customs agent, we were finally in the United States. Five guys packed into a large pickup truck on Highway 91 South, headed for East Burke, Vermont, ready for the Rasputitsa. Ready for the race. Ok so perhaps I was in a slightly naive state of mind on that Friday, April 15, 2016.  But hey, some people are paranoid, others naïve, to each their own bad habits.

Rasputitsa means "mud season" in Russian. More specifically, it refers to that period in early spring when the snow melts and reveals roads and fields caked with mud. That and other debris kindly left behind all winter by neighboring dogs… In short, this was the state of the course and the smell in the air that accompanied Rasputitsa. After the race, I join Matt Surch from the Tekné team based out of Ottawa. Vice-champion for the second consecutive year, I ask him how it went. "I got beat. Ansel Dickey won. He's a climber and I'm not a climber like he is. " Thanks Matt for the concise summary.

From my perspective, however, it seemed as though I’d crossed at least a dozen finish lines during the nearly three hours it took me to complete the course. With each ascent, my legs throbbing with muscle spasms and begging me to stop, I’d have that damned finish line back in my sights! There it was, at the top of the hill looking down on me with its evil grin. The same can be said for the descents into the mud-covered roads, where the risk of falling constantly hovers like a sword of Damocles. For Rasputitsa is above all a carefully concealed fraud. With only 65km and 1 300m of elevation our instincts tell us that it’s really not that bad. Wrong! If the Russians have coined a term to describe a portion of the spring found particularly taxing, it is that they saw fit to warn us of the challenges imposed by the mud! Do not underestimate the mud. Still, I finally crossed the finish line. Not only that, I did so hands clasped in the air with one of my great buddies and marketing coordinator at Opus, Martin Rancourt. Bromance level 10,000: Check.

The next day, however, we had ourselves a gem of a ride. In a bid to regain a bit of joy and self-esteem after a strong dose of humility the previous day, the Rouleurs (Nicolas, Marius and I) hopped on our new Opus Allegro bikes for an 85km loop on scenic Vermont country roads. 22 °c, sunny, and the road noticeably left to ourselves. Pure bliss. We even caught sunburns... in April!

On the return trip, while Goph' tells us of the many nightmarish scenarios he had imagined of losing our way through isolated villages in Vermont ... We arrive again at the Canada-US border. "Hi guys, coming from where exactly? " asked the Canadian Border Services Agent. Martin replies, "East Burke, Vermont. We’ve been there since Friday for the Rasputitsa bike race and stayed an extra day to do some road cycling".After asking a few questions about the race and the type of bike we used for the competition, he finished with a cheerful, "All good guys, have a nice afternoon and a safe trip home ".  And there you have it, we’d overcome another challenge: the dreaded border inspection from "those guys" apparently "fucking crazy". Perhaps the sight of our beat red faces, and tired expression after a grueling race gave way to a moment of empathy from the Customs Agent.  If so, we’ll get a chance to test the hypothesis on our next Rouleurs trip to Vermont. To be continued…